
Etudiant j’ai fait des petits boulots en Juillet pour gagner un peu d’argent. Je pense que c’était une idée de mes parents pour me mettre du plomb dans le crane, un mois avec des ouvriers à faire un job pourri ça va le motiver pour l’année prochaine.
Effectivement j’en ai fait des choses étranges ces étés-là :
- Casser un murs de pierre à Cassis à la masse en se faisant engueuler par un patron de garage qui voulait que ça aille plus vite
- Ranger des paquets de couches-culottes à la Ciotat dans des cartons pendant 8 heures de rang, la nuit, dans une usine, tout le monde abruti par le bruit
- Monter des structures de chapiteau en équilibre sous un orage d’apocalypse à 10 mètres au-dessus du sol en rigolant nerveusement, à Aubagne
- Changer tous les matelas d’un hôtel de passe derrière le Vieux Port à Marseille
- Tomber dans les pommes en assemblant des frigos industriels à Allauch
Tout çà entouré d’échoués de la vie, des mecs sans âge mais tous plus vieux que moi, sans vie de famille, qui buvaient et fumaient, j’avais vraiment l’impression d’être dans un roman de John Fante. Quand je donnais mon pedigree, les gars souriaient dans leurs moustaches en douce. “Étudiant à La Fac de Maths tu dis ?”, je les imaginais déjà s’arrêtant au bord d’un chemin pour me poinçonner par pur jeu, histoire de voir la couleur du sang d’un mec qui fait de la géométrie non-euclidienne.
Aujourd’hui je fais tous le jours le même boulot : Ordi du matin au soir, réunion avec des gens qui me disent à quel point ils ont besoin de CE rapport (je ne me rends pas compte, c’est vital pour le “groupe”‘), rédaction d’un génial document qui décrit ce satané rapport à développer, puis envoi de ce merveilleux roman à un inconnu indien ou pakistanais qui se charge de le développer, puis test de cette petite merveille de rapport, puis validation avec le client que la merveille des merveilles fait bien ce qu’ils attendaient, puis je coche dans une liste d’activités : “ça, c’est fait”. Ad lib…
Pendant ce temps, un pote est tailleur de pierre et restaure des églises romanes autour d’Arles, un autre est skipper, un autre produit des films. Mais pour ces 3 là, combien font sensiblement comme moi, se débattre dans une toile de minuscules emmerdements dégoutants et insipides.
Ah le Boulot ! Si au moins j’avais compris mes parents, j’aurai vu que c’était une leçon tout ça, les matelas sur le vieux-port et le mur de pierre à la masse, les alcoolos et l’odeur de cigarette brune dans le camion du retour. Je m’y serai mis dés la rentrée, comme un fou, être un winner, réussir, le meilleur. “Si t’avais travaillé…” c’est la phrase qui a gaché ma vie.
Moi je les trouvais sympas ces mecs.
A propos
7 Commentaires
Petite précision, le tailleur de pierre ne restaure plus que des soulards lors de bringues auxquelles tu ne participes malheureusement jamais
J’aime ta capacité à me ramener au réel. Oui mais il a quand même taillé des cailloux, non, dans sa vie ?
Je n’aime pas trop déranger les vieux posts qui sommeillent sagement, mais là je crois que vous venez de me flinguer mon après-midi. Mais c’est pas grave, et je dirais même plus, merci! Demain je me rendrai à mon job d’été avec une toute autre optique. Parce que nettoyer les instruments sanguinolents du bloc opératoire, c’est pas épanouissant, mais, vous avez raison. Rencontrez des gens, avoir le temps de leur parler, et de les découvrir, ça l’est.
Merci!
Bobby,
Merci pour le mot, ça me redonne envie d’écrire des bétises sur mon blog. Votre job a l’air pas mal en effet, et pour tout avouer je pensais que c’était les infirmières qui mettaient les instruments au “lave-vaisselle” après l’opération. Je ne pensais qu’il y avait un poste exprès pour cette activité. J’imagine mal mais ça doit être dur. Par contre discuter avec les médecins après les opérations ça doti être super, non ? Bon courage en tout cas. et SURTOUT travaillez bien à la rentrée
)))))
“Discuter avec les médecins après les opérations ” arrive assez rarement, toutefois les quelques chirurgiens accessibles sont effectivement passionants et même sympas! Si bien que j’ai même pu assister à une opération (tumeur du côlon à retirer).Et, oh double surprise pour moi: 1- Non, en fait les chirurgiens ne sont pas des charcutiers sans coeur et sans émotion, en tout cas celui-ci était sincérement préoccupé et triste de l’état de santé et de l’état psychologique de son patient.
2- C’est dingue ce que c’est propre une opération. (mais apparemment c’est une autre histoire en chirurgie-orthopédique. Les perceuses, scies et autres ciseaux-burins épargnent épargnent moins les blouses.)
Suis très honoré de vous donner l’envie de continuer à blogguer.
Journée pluvieuse, je m’ennuie a mourir, j’erre su la toile en écumant mes favoris…. Et là, je retombe sur ce blog… Mort le jour ou Facebook t’as poké…
“Reviens Jean-Jacques reviens, parceque la France elle a besoin de toi”
Merci mon beau,
Je viens de me relire.
Je vais m’y remettre.
Bisous.