
“C’est rien, c’était juste un cauchemar. On va te mettre le matelas dans notre chambre”. Mon père prend le matelas dans la cave, l’installe au pied de leur lit. Je suis bien, il ne peut plus rien se passer, les monstres sont loin. Un jour les monstres s’en vont et ne reviennent plus. Nuit, peur, plaisir.
Enfant, à la maison, les occasions d’inviter un copain à passer une nuit dans ma chambre sont rares. Parfois, après avoir insisté un peu plus et promis d’être sage, un “Bon très bien : Allez chercher le matelas à la cave ! ” scellait l’accord conclu avec ma mère. Un très bon copain d’école, un voisin plus apprécié que les autres à ce moment-là se retrouvait donc sur le matelas au pied de mon lit. Rires, chuchotements, secrets, nuit blanche.
Plus tard, jeune homme, mon lit devenant trop étroit pour deux, sortir ce matelas maladroitement de sous mon lit deviendra vite une sorte de préliminaire rituel pour mieux cacher la gène partagée d’avant l’amour. Regards, silence, mystère, après-midi.
Un ami de mes parents y a dormi quelques semaines au moment de son divorce, odeur de tabac froid le matin dans le salon.
Mon grand-père aussi quand ma grand-mère était à l’hôpital, après leur accident. Je comprends en l’écrivant maintenant qu’il ne devait sûrement pas beaucoup dormir.
Moi, l’été, seul, dans le salon, mes parents sont loin, pour ne pas être dans ma chambre qui est au fond de la maison et j’ai peur. La télé reste allumée toute la nuit. La boucle est bouclée.
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