Jeudi dernier j’ai eu la chance de pouvoir aller chercher mon fils de 4 ans pour son dernier jour d’école. On salue la maitresse un peu plus que d’habitude, on la remercie. J’ai toujours du mal à trouver les mots dans ce situations-là, mais je me force à vaincre ma timidité et ma gêne ridicule. Oui je tiens à la remercier, elle n’a pas été « gentille », pas copine avec lui, mais une vraie maitresse, un peu raide et parfois douce.
La cour est vide, encore des voix qui discutent dans les couloirs. Les dames de ménage qui font leur travail avec un entrain presque ridicule pour masquer le vertige de la fin de l’année.
Elle, la maitresse, elle part à la retraite, elle a l’air un peu dans le vague. Nous sommes seuls, mon fils, elle et moi, dans le silence ensoleillé et entouré de cette odeur de vacances. J’aime partager avec elle sans la connaître ce dernier moment en classe, me dire que mon fils est le dernier petit qu’elle va voir partir avec son papa de sa classe. Mon fils me tire vers la sortie, moi je l’observe, elle, qui regarde une dernière fois la classe, sa classe, comme un dernier très long regard à son métier.
Je me fais sûrement un film, elle a dû faire le deuil de cette vie-là depuis longtemps, elle s’y est préprarée pendant des mois. Les craies, les prénoms, les lettres rondes, la patience, le calme studieux et les cris. Je suis touché car mes grands-parents étaient instituteurs, ma mère a été prof de français. A l’école j’ai toujours l’impression d’être dans ma famille.
Je la sens sur le fil, elle embrasse mon fils, ça ne lui ressemble pas vraiment, nous sommes un peu de trop pour son émotion, on doit partir maintenant.
L’école nous recrache, on est sur le trottoir, ça y est, c’est les vacances. J’aimerai regoûter à la sensation que mon fils ressent peut-être à ce moment précis.
On marche un moment vers la maison en blaguant, et merde avec mes émotions à la con on a oublié sa veste sur son porte-manteau dans le couloir.
Vite, on repart vers l’école. C’est encore ouvert. Il court vers le couloir. Moi, debout dans l’entrée, dans l’ombre, sans le vouloir, je la vois pleurer assise sur une chaise d’enfant.
Mon fils arrive, je referme la porte en sortant.

Beau texte: on a vécu la même chose l’année dernière, avec l’instituteur de ma fille. Il est passé cette année, trois fois, revoir sa classe et à chaque fois, il avait les yeux pleins de larmes.
C’est fou, chaque années de sa vie d’institutrice elle devait attendre ce moment avec impatience, les vacances d’été !!! Et cette année, elle devait le redouter…
Je vois beaucoup de gens comme ça autour de moi actuellement, qui parlent tous de leur retraite,qui s’approche a grand pas, qu’ils attendent impatiemment même, mais qu’ils repoussent encore un peu.
Je me dis qu’au moins, moi, avec ce qui se passe et se décide ces temps ci, je n’aurai pas ce problème…
@Claudine : Moi quand je suis passé au collège je repassais dans mon école primaire tous les ans en cachette. On ne sort pas indemne de cette satanée cour d’école
@LeRouget : Tu touches juste, j’ai d’ailleurs failli parler de tous ces gens que je vois partir en pré-retraite chez mon client du moment. Ils ont l’air de ne pas trop comprendre ce qu’on leur reproche. Pour notre retraite, effectivement, je te conseille plutôt de te renseigner sur l’art de faire un feu sur une ile déserte et les différentes recettes de rats musqués…
Très Cher Rasbaille,
Quel plaisir que de t’entendre écrire…
Le verbe est assuré et transmet à coup sur l’émotion intact…
Quel talent !!!
Dommage que cela ne soit plus fréquent !…
Je te sais pourtant capable de disserter avec autant de panache sur le Prout de Madeleine.
Qu’à cela ne tienne !!!
Le vent en poulpe, Rasbaille saura crâcher l’encre qui sommeille… quand l’instant sera pressant.
Ouais, j’ai tout fait pour éviter ça. Même situation.
(sympa la photo de Barack Obama jeune)
(OH MON DIEU IL A BLOGUE !!!!)
@Romuald YES WE CAN !
Eh on n’est plus sur Twitter ici
Beau texte, mon pote
Moment d’émotion.
Merci Rasbaille.